La Libre Belgique: EuroMaidan, En attendant l’intervention de la police
Reportage publié dans La Libre Belgique, le 11/12/2013Ce reportage a été écrit quelques heures avant l'intervention des forces de police, initiée le 11 décembre, vers 1h30, heure locale.L'EuroMaidan est une organisation désormais très bien rodée. Qui a aussi réussi à lever des fonds.
Eh bien ça y est, nous sommes illégaux ! Il faut choisir notre camp : rester ou partir." Dans le centre de presse de la maison des associations à Kiev, rebaptisée "quartier général de la révolution" depuis le 1er décembre, l’ordre d’un tribunal administratif d’une évacuation sans délai des locaux fait sourire. "Le risque est bien réel, cela dit", assure Petro Kochoukov, chargé de communication du mouvement de l’EuroMaidan, l’occupation citoyenne de Maidan Nezalezhnosti, la place de l’Indépendance, juste à la sortie de la maison des associations. "La police va intervenir, à un moment ou à un autre."Et pourtant, tout semblait bien parti pour durer. "Vous voyez, nous avons réussi à nous organiser par nous-mêmes", assure Tanya, jeune volontaire, un masque médical sur le visage, chargée d’un carton de sandwiches qu’elle distribue gratuitement aux personnes présentes. Des centaines de personnes vont et viennent en permanence entre une infirmerie, une cuisine, un dortoir, une salle de conférence et autres installations communautaires. "Tout est bien rodé, on a notre propre service de sécurité, de nettoyage, de communication. Nous recevons de la nourriture de partout, et de l’argent de tout le pays", s’enthousiasme Tanya, avant de s’éloigner pour servir d’autres personnes.Une levée de fonds dédiés au mouvement de l’EuroMaidan, via la plate-forme de crowdfunding BiggIdea, a ainsi remporté près de 25000 euros en l’espace de dix jours. "Il est encore difficile de voir ce que le mouvement peut devenir. Mais une chose est sûre : nous n’avons pas eu besoin des partis politiques pour nous organiser", insiste Petro Kochoukov."On s’accrochera"Sur Maidan Nezalezhnosti, chants, danses et discours continuent de rythmer la vie des quelques milliers de manifestants qui y campent, malgré la neige et les températures désormais négatives. Le campement semble néanmoins sur le qui-vive, loin de l’euphorie qui y régnait la semaine passée. Il semble déjà loin le temps où les forces de l’ordre, y compris la police de la route, avaient littéralement déserté le quartier révolutionnaire. Aujourd’hui, le service de sécurité, constitué de jeunes volontaires et d’hommes robustes, plus ou moins affiliés à des partis politiques, semble sur les dents."Vous avez vu ce qu’ils ont fait dans la nuit de dimanche à lundi", explique Vitaliy, jeune étudiant qui s’assure que personne de "suspect ou ivre" ne passe les barricades qui entourent Maidan Nezalezhnosti : "Ils ont encerclé notre quartier et vidé les quelques tentes qui se dressaient aux alentours de l’administration présidentielle. Nous sommes maintenant isolés, je suis sûr que nous sommes les prochains sur la liste." A l’instar de ses camarades, Vitaliy assure ne pas vouloir se battre, ni inciter à la violence. "D’une manière ou d’autre, ils nous évacueront. Mais on s’accrochera jusqu’au bout."