La Croix: Mort du patriarche Filaret, sulfureux bâtisseur de l’orthodoxie ukrainienne
Article publié dans La Croix, le 20/03/2026
Le patriarche Filaret de l’Église orthodoxe du patriarcat de Kiev s’est éteint ce vendredi 20 mars à l’âge de 97 ans. Homme de pouvoir, il fut l’un des principaux artisans de l’unité de l’orthodoxie ukrainienne. Mais son parcours est aussi jalonné de controverses.
« Nous garderons toujours en mémoire les conseils du patriarche Filaret sur l’importance de préserver l’unité de l’Église ukrainienne autour du siège de Kiev. » Dans son message publié en ligne, le métropolite Épiphane de l’Église orthodoxe d’Ukraine salue le rôle de bâtisseur de celui qui a pourtant été un de ses concurrents, à la tête de l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev. La disparition de Filaret, à l’âge de 97 ans, marque la fin d’une longue phase d’affirmation d’un clergé national, indépendant de Moscou. Elle met aussi un terme à un parcours hors norme, teinté de mystères et de controverses.
De son vrai nom Mykhailo Denysenko, Filaret est né en 1929 dans un petit village du Donbass, aujourd’hui sous occupation russe. Après son ordination en 1951, il a gravi rapidement les échelons de la hiérarchie religieuse. Il fut nommé évêque en 1962, archevêque de Kiev et Halitch (Galicie) en 1966 et métropolite en 1968. Il se vit confier de nombreuses missions diplomatiques à l’étranger, confirmation de sa position privilégiée au sein du régime soviétique et de ses liens avec le KGB. « Tous les membres du clergé avaient des contacts avec le KGB. Je ne faisais pas exception », a-t-il reconnu par la suite.