Religioscope: l’étrange survie du Patriarcat de Kiev
Article publié sur la revue en ligne Religioscope, le 12/06/2026
Figure historique de la création d’une Église orthodoxe ukrainienne indépendante, Philarète de Kiev s’était retrouvé en marge de celle-ci après l’autocéphalie accordée par le Patriarcat de Constantinople, tentant de préserver l’existence d’un « Patriarcat de Kiev » sous sa houlette. Après sa mort en mars 2026, quelques-uns de ses évêques et clercs entendent perpétuer cette structure et ont désigné un nouveau patriarche, Nikodim. Comme nous le raconte Sébastien Gobert, l’affaire est compliquée et l’avenir de ce petit groupe s’annonce incertain, entre tentatives d’expansion insolites hors de l’Ukraine et projets de recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.
Revêtus de chasubles tissées d’or et de mitres majestueuses, les évêques de l’Église orthodoxe du patriarcat de Kiev communient d’un air grave. Ce dimanche 7 juin, ils sont réunis pour l’intronisation du patriarche Nikodim, jusqu’ici archevêque de Soumy et d’Okhtyrka. Pourtant, la cérémonie se déroule loin du faste habituel des cathédrales orthodoxes. Face à une vingtaine de fidèles répartis entre un réfrigérateur et un climatiseur, sous des panneaux de placo bois, Nikodim a dû élire domicile dans un ancien magasin de l’ère soviétique de Soumy, au nord-est de l’Ukraine.
Faute de locaux disponibles, le nouveau patriarche de Kiev n’est pas à Kiev. Il est frappé de l’opprobre de l’Église orthodoxe d’Ukraine (EOdU), après que le saint synode du 11 mai l’a défroqué pour sécession. Nikodim, de son vrai nom Volodymyr Kobzar (né en 1971), aurait détourné l’héritage du patriarche Philarète, décédé le 20 mars. Il serait à la tête d’un « groupe marginal qui vise à provoquer un schisme » dans la chrétienté orthodoxe ukrainienne, par ailleurs déjà divisée entre différentes branches. Pas de quoi faire reculer Nikodim, qui se présente comme le chef de « la seule Église indépendante d’Ukraine » et entend faire valoir ses droits jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.