La fin du grignotage russe?

On le sait, la Russie est à l’initiative sur les fronts ukrainiens depuis plus de deux ans et demie, en opérant un grignotage constant du territoire ukrainien

C’est un grignotage lent, que l’on illustre par les noms de villes qui mettent des mois et des mois à tomber: Bakhmout, Avdiivka, New York, Toretsk, Pokrovsk et aujourd’hui Kostyantinivka, Kramatorsk, Sloviansk.

C’est un effort offensif qui a demandé des efforts considérables de la part des forces russes pour des résultats mitigés quand on regarde la carte de l’Ukraine

mais c’est un effort constant, que les Ukrainiens n’ont pas pu enrayer.

En tout cas pas jusqu’à présent, et ça pourrait être en train de changer.

Alors parlons-en

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette nouvelle vidéo où l’on réfléchit à cette nouvelle tendance qui reflète à la fois une faiblesse russe et une montée en puissance ukrainienne

même si, je vous le dis dès maintenant, non le grignotage russe n’a pas cessé et il y a encore des zones où ils progressent.

Avant toute chose, je suis très heureux de vous retrouver, je me suis plus ou moins sorti de ce long tunnel de différents projets sur lesquels je travaillais, donc j’espère retrouver une certaine régularité ici

j’imagine que les algorithmes de Youtube ne vont pas beaucoup aimer mon manque de régularité, j’espère que vous serez plus cléments

j’ai loupé beaucoup de choses, j’espère avoir l’occasion de revenir sur tout ça dans un futur proche,

évidemment on attend de voir s’il va y avoir des grosses attaques aériennes ukrainiennes et russes pendant le weekend du 9 mai,

les contestations contre Poutine montent

mais aussi contre Zelensky à cause de la révélation de nouveaux éléments dans l’affiare de corruption qui dure depuis juillet 2025

en Ukraine il y a des choses à dire sur l’économie mais aussi sur la mobilisation,

et cette problématique de la mobilisation elle va être déterminante dans les capacités ukrainiennes à enrayer l’effort offensif russe.

que l’on observe d’un point de vue global depuis le mois de février, d’abord grâce aux estimations de différents groupe d’Osint

des estimations qui peuvent être contradictoires: le groupe Black Bird a annoncé que les Russes avaient perdu du territoire pour la première fois en février,

le think tank institute for the study of war a lui considéré que c’est en avril que la Russie a eu plus de pertes que de gains pour la première fois depuis l’incursion de Koursk

on le voit, il y a plusieurs manières de lire ces chiffres, en fonction de la définition de la zone grise et des confirmations des géolocalisations

mais de toutes les manières, il y a un ralentissement clair et net des avancées russes

et en avril, elles ont d’abord et avant tout eu lieu le long de la zone frontière dans l’oblast de Soumy, là beaucoup plus qu’ailleurs.

et je sais que les commentateurs adorent parler des saisons d’offensives, comme s’il y avait une offensive de printemps, d’été, d’automne, mais ça fait deux ans et demie que la Russie mène une offensive constante, c’est toujours le même effort, et cet effort on voit qu’il ralentit.

Comme avec tout, c’est dû à une combinaison de différents facteurs.

d’abord un essoufflement russe, et c’est bien normal après avoir soutenu un tel effort pendant plus de deux ans et demie

un problème de recrutement et de renouvellement des effectifs, même si on a vraiment du mal à comprendre les chiffres qui affirme que la Russie perd plus d’hommes au combat qu’elle n’en recrute, là aussi on constate un ralentissement du recrutement

il y a aussi la consolidation de la défense ukrainienne, il semble que les Ukrainiens ont enfin réussi à obtenir une densité de leur couverture de drones dans la kill zone qui leur permet de stopper plus efficacement les attaques, et ça avec un moindre ratio de pertes.

selon des sources ukrainiennes, donc à prendre avec une marge d’erreur, les Ukrainiens déploient désormais 30% plus de drones que les Russes dans cette kill zone

Les Ukrianiens ont aussi fortement fortifié leur défense avec l’édification de longues lignes de tranchées, des milliers de kilomètres de fossés anti-chars, de dents de dragon et de barbelés

les Russes avaient déjà du délaisser les assauts mécanisés et les attaques d’infanterie de masse comme à Bakhmout,

maintenant ils sont gênés dans leur tactique d’infiltration à raison d’un, deux ou trois hommes

Les Ukrainiens ont aussi intensifié leurs frappes dans la profondeur, mais aussi leurs frappes de moyenne portée, entre 50 et 200 kilomètres pour affaiblir la logistique de guerre russe

En mettant cela bout à bout, on arrive à une sorte d’inversion de la dynamique sur le terrain: les Russes ont moins d’élan et avancent moins

tandis que les Ukrainiens sont plus à l’aise dans leur défense et peuvent mieux contrôler à la fois leur logistique mais aussi les flux des attaques.

A tout cela on pourrait rajouter le mauvais éta de l’économie russe que même Vladimir Poutine a reconnu publiquement, les critiques qui le visent directement, les destructions de ses infrastructures d’exportation pétrolières.

La coupure de Starlink pout les Russes qui a été suivie par les coupures de Télégramme et de l’internet mobile en russie qui restent encore aujourd’hui inexpliquées.

pour le résumer de manière très générale, tout cela veut dire que la guerre commence de plus en plus à ressembler à ce que les Ukrainiens veulent, là où ils voulaient amener les russes, que l’inverse.

Mais j’entends pas mal d’observateurs affirmer que les Ukrainiens sont en train de prendre l’initiative dans ce conflit: moi je ne vais pas m’aventurer là-dedans pour plusieurs raisons:

d’abord il est trop tôt, il faut que cette position relativement confortable des Ukrainiens se confirme dans la durée

deuxièmement, les Russes conservent toujours un avantage numérique en termes d’hommes et d’armement. ils continuent malgré tout leurs avancées. pas de manière aussi généralisée qu’auparavant, mais ils sont bien à l’offensive dans l’oblast de Koursk

soi-disant pour établir une zone tampon mais ça c’est juste de la réthorique pour justifier une annexion territoriale

et dans l’oblast de Donetsk où ils poussent bel et bien sur Kostyantinivka, Kramatorsk et Sloviansk

un drone à fibre optique a atteint Kramatorsk la semaine dernière, c’est-à-dire que les Russes sont très proches pour lancer des drones reliés par des câbles

et des drones FPV survolent déjà Sloviansk

et menacent la route principale qui relie ces villes de Kostyantinivka, Drouzhkivka, Kramatorsk et Sloviansk.

ce qui atteste à la fois de l’avancée des Russes notamment depuis la chute de Siversk mais aussi de l’attrition qui commence à gagner la ville

d’un drone à un autre, la ville s’épuise et les défenses s’affaiblissent, et ce cycle sinistre que l’on connaît bien depuis Bakhmout fait que l’avancée des Russes est très difficile à contrer.

Et c’est le troisième point: pour que les Ukrainiens reprennent l’initiative, il faudrait qu’ils puissent lancer leurs propres offensives pour aller combattre les Russes dans leurs arrières, leur reprendre des positions et des territoires et réduire la pression sur le reste de l’Ukraine.

et pour ça, l’Ukraine ne semble pas encore être prête

comme j’ai dit, elle est toujours en infériorité, en termes d’équipement, d’armement, de financement

les dépenses militaires russes en 2025 c’était 160 milliards d’euros, là où l’Ukraine n’a dépensé “que” 71 milliards

et évidemment l’Ukraine est en infériorité numérique en termes d’hommes

on voit que la stratégie actuelle c’est de remplacer au plus vite les soldats ukrainiens par des drones volants ou roulants, de développer les moyens de guerre électronique, de maximiser l’usage de l’IA

afin qu’une petite poignée de soldats dans un secteur puissent contrôler des dizaines de drones et réduire ainsi les risques physiques.

c’est peut-être une stratégie qui va servir à encore plus consolider la défense mais comment est-ce que cela peut se traduire dans des opérations offensives, c’est encore très incertain.

au bout du bout, il faut des hommes et des femmes pour mener cette guerre à terme

et l’Ukraine a un cruel déficit de personnel militaire, on le sait.

une des promesses du nouveau ministre de la défense Mikhaylo Fedorov consiste à fluidifier le processus de mobilisation, il y a déjà des annonces qui sont faites,

et j’aimerais bien en parler dans une prochaine vidéo

j’espère vous proposer cela très vite, pour l’heure je m’arrête là: donc je résume, il semble que le grignotage soit plus ou moins enrayé et que les Ukrainiens se sont consolidés malgré de fortes pressions

mais ça ne veut pas dire que les Russes n’avancent plus dans certains secteurs et ça veut encore moins dire que les Ukrainiens peuvent reprendre l’initiative.

en tous les cas c’est intéressant à observer, avec les implications que ça a sur les équilibres politiques et sociaux en russie

je rappelle juste que la grande russie a du réduire comme peau de chagrin son défilé du 9 mai à cause de la peur des attaques venues d’une petite Ukraine qu’elle a passé des années à minorer les moyens jusqu’à en nier l’existence

c’est parfaitement remarquable.

Merci d’avoir regardé, je file et je vous retrouve très vite

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