Expertise
L’actualité en Ukraine et dans les pays alentours ne manque pas de nous étonner et de nous fasciner, et ce bien avant le 24 février 2022. Les premiers articles sur ce blog datent de 2009. Le fil se densifie à partir de 2011 et mon installation en Ukraine en tant que correspondant de presse, puis mon rôle de chef du service international de La Libre Belgique a Bruxelles, de 2022 à 2023. Mes contributions se déclinent en reportages, billets d’actualité, analyses et commentaires livrés à différents médias.
50 000 soldats russes par an?
Si l’armée ukrainienne parvient à infliger 50.000 pertes par mois aux troupes russes, alors l’Ukraine a une chance d’inverser le rapport de forces dans cette guerre
Cette déclaration du nouveau ministre de la défense ukrainien Mikhaylo Fedorov a déjà fait couler beaucoup d’encre
Mais elle se heurte aux réalités du terrain et de la crise du recrutement de l’armée ukrainienne.
Est-ce que c’est réalisable, comment et surtout qu’est-ce que ça nous dit de l’état de l’armée ukrainienne aujourd’hui?
2026, l’année de l’escalade?
Si on se projette sur 2026 qui commence, il faut réfléchir aux marges de manoeuvre du Kremlin. Elles sont limitées, alors il y a de fortes chances que la principale voie à suivre, c’est celle de l’escalade hybride.
La Croix: Le traumatisme des “enfants volés”
Environ 20 000 enfants ukrainiens sont considérés comme ayant été kidnappés par la Russie, à des fins de « rééducation » et de russification. Si le phénomène est au cœur des efforts ukrainiens pour obtenir justice sur la scène internationale, les questions qu’il soulève sont complexes.
75% des Ukrainiens opposés à l’abandon du Donbass
Il y a quelques jours, Donald Trump assurait que 82% des Ukrainiens voulait un accord pour mettre fin à la guerre
et que toute son action était motivée par le désir de sauver des vies humaines
Le président américain n’a pas précisé d’où il tenait cette statistique
et on sait bien qu’il y a d’autres motivations derrière ses efforts diplomatiques, notamment renouer une relation qu’il veut constructive avec la Russie
et faire payer l’Europe en passant.
Mais ce 82% s’inscrit dans une réthorique plus large de la volonté populaire ukrainienne qui ne serait pas respectée,
encore une fois sans préciser par qui,
du besoin d’élections pour décider d’un nouveau Président, voire d’un référendum pour se prononcer sur un accord de paix,
pour éclairer tout cela, un sondage du très fiable institut international de sociologie de Kyiv vient de sortir,
il nous donne pas mal d’indications précieuses,
La Croix: Une IA française aide à détecter les traumatismes des soldats et des civils ukrainiens
Une nouvelle technologie d’intelligence artificielle permet d’accélérer la détection des syndromes post-traumatiques nés de l’invasion russe de l’Ukraine, afin d’améliorer leur prise en charge. À Lviv, un entrepreneur français développe son innovation à marche forcée.
Koupiansk libérée - Siversk occupée
Plus personne ne comprend rien au processus de négociations initié par Steve Witkoff et Kirill Dmitriev, et c’est bien normal,
ça part dans tous les sens, on ne sait pas à quel document se référer, et si tout le monde de Moscou à Kyiv, de Bruxelles à Washington, parle de la même proposition.
Par contre, sur le terrain, la guerre continue, elle peut aussi être tout à fait floue et confuse
mais elle nous a donné plusieurs nouvelles très claires ces dernières 24h
d’une part, la ville de Siversk est tombée aux mains des Russes
d’autre part, la ville de Koupiansk a été quasi-intégralement reprise par les Ukrainiens
c’est la première fois que les Ukrainiens arrivent à déloger des soldats russes qui s’infiltrent dans une ville après une longue et difficile bataille urbaine.
Myrnohrad encerclée. Pourquoi ne pas évacuer?
La bataille pour Pokrovsk dure depuis environ un an et demie,
en gros à partir de la percée russe à Otcheretiné qui a ensuite amené les troupes d’invasion aux portes de la ville.
Elle n’est toujours pas terminée aujourd’hui au sens actif du terme. Mais il ne s’agit plus de stratégie ou de tactique.
si la bataille continue, c’est à cause de l’entêtement du haut commandement ukrainien à repousser l’évacuation.
pour des bénéfices qui semblent tout à fait abstraits.
Le missile de la corruption?
On en a déjà entendu parler, le missile Flamingo, est célébré pour son faible coût de production et sa portée de 3000 kilomètres
C’est le premier missile balistique ukrainien, et si la production était portée à l’échelle, il pourrait sérieusement renforcer la position ukrainienne dans sa campagne de tirs dans la profondeur.
Mais la société qui le produit, Fire Point, est aussi célèbre que mystérieuse. Elle pourrait être associée au scandale de corruption qui secoue l’Ukraine depuis 3 semaines.
La flotte fantôme brûle-t-elle?
Depuis 2022, on redoute très régulièrement que la guerre russe contre l’Ukraine ne déborde et ne se transforme en un conflit mondial
On en est encore très loin, mais par contre on parle depuis 3 ans d’un conflit mondialisé, dont les conséquences dépassent le strict cadre de l'affrontement entre deux pays.
Actuellement, ce sont la Turquie et le Kazakhstan qui se plaignent et ça peut avoir des conséquences
Quand le front approche
On a bel et bien l’impression que le nouveau numéro de cirque trumpien va se terminer par un non-lieu, à cause du chaos qui règne à la maison blanche, de la fermeté ukrainienne et européenne et de l’intransigeance russe
cela nous ramène donc, encore une fois, aux logiques de la ligne de front.
On en a déjà beaucoup parlé sur cette chaîne, les tendances ne sont pas bonnes pour l’Ukraine et les perspectives d’inverser la dynamique, ou en tout cas de stopper le grignotage russe, sont assez complexes,
En particulier quand il s’agit de recruter de nouveaux soldats pour combler les trous dans la raquette et stabiliser le front.
Sur ce sujet du recrutement, je voudrias vous partager un post Facebook qui fait grand bruit en Ukraine, et qui raconte la motivation de s’engager dans l’armée par le sentiment de l’avancée du front
Le front de Zaporijjia pire que Pokrovsk?
On a tous les yeux rivés sur les villes de Pokrovsk et de Myrnohrad pour savoir si et quand ces champs de ruines dans l’est de l’Ukraine vont tomber aux mains des Russes
Et quand je dis tous, je parle évidemment des journalistes, des observateurs internationaux mais aussi du haut commandement ukrainien
qui a tenté plusieurs opérations de stabilisation ou de contre-offensives très localisées ces dernières semaines.
Mais pendant que les Ukrainiens sont occupés à Pokrovsk, les Russes poursuivent une lancée assez impressionnante plus au sud, dans la région de Zaporijjia.
Comme toujours, les problèmes de ressources humaines, de fortifications et la stratégie globale du haut commandement sont au coeur des critiques.
La Croix: En mal de recrues, Kiev craint d’être submergé par les forces russes
La bataille de Pokrovsk met en lumière les trous qui émaillent le front ukrainien. Au-delà du choc de cette nouvelle menace de défaite, les inquiétudes sur les capacités de Kiev à maintenir une défense cohérente sont légion, tandis que Moscou continue de déverser armes et soldats dans la bataille.
Après la chute de Pokrovsk, la pénurie de soldats en Ukraine irrémédiable?
Plusieurs centaines de soldats russes sont infiltrés à Pokrovsk, les combats de rue sont sans pitié, les Russes poussent sur tous les côtés, y compris sur la ville voisine de Myrnhorad pour la plupart des observateurs, ces deux villes semblent irrémédiablement perdues et la question sur toutes les lèvres en Ukraine est celle de l’ordre d’évacuation: quand sera-t-il donné et à quel coût?
Cette nouvelle bataille acharnée pour une ville que la Russie prétend libérer alors qu’elle l’a juste changé en tas de ruines, pose encore une fois la question de la stratégie de l’Ukraine et de ses capacités pour continuer à résister, notamment ses réserves en ressources humaines.
Les Russes à Pokrovsk, Koupiansk et Vovchansk
Après des mois d’infiltration par des petits groupes de reconnaissance ou d'assaut, les forces russes semblent bien ancrées dans les villes de Pokrovsk, Koupiansk et Vovchansk.
Trois villes qui ne sont pas encore tombées, et le contrôle de tel ou tel quartier est plus qu’aléatoire,
Mais en tout les cas ça montre que les Russes continuent d’avancent, continuent de grignoter.
À Zaporijjia, une trêve inédite pour sauver la centrale
Depuis le 18 octobre, l’Ukraine et la Russie ont conclu une trêve, et une trêve qui tient bon, sans combats ni bombardements
si ça vous étonne et que vous n’en avez pas entendu parler, c’est que ce cessez-le-feu est très localisé et temporaire
il a été conclu le temps que les deux belligérants réparent une ligne à haute tension pour restaurer l’approvisionnement électrique de la centrale nucléaire de Zaporijjia.
C’est un épiphénomène particulièrement intéressant, qui porte en soi autant de positif que de négatif, ou pour ne pas le dire en termes de jugement moral, autant de constructif que de destructif
Les Russes délaissent Pokrovsk et poussent vers Pokrovske et Zaporijjia
Plus d’un an après avoir atteint les faubourgs de Pokrovsk, l’armée russe n’a toujours pas pu conquérir cette ville qui comptait il y a encore peu de temps 60.000 habitants.
Cela n’empêche pas que pour les Ukrainiens, l’effort défensif est énorme.
Et la concentration de ressources pour sauver Pokrovsk et réduire le saillant russe entre Pokrovsk et Dobropillya a dégarni d’autres fronts.
Depuis quelques semaines, les Russes poussent leur avantage au sud de l’oblast de Donetsk, vers la profondeur des oblast de Zaporijia et Dnipropetrovsk.
C’est l’un des secteurs qu’il faut regarder de près, car c’est là qu’il y a du mouvement.
Oeil pour oeil, dent pour dent: l'Ukraine ET la Russie dans le noir?
On le suit de jour en jour depuis des semaines: les files d’attente aux pompes à essence en russie, les pénuries qui se multiplient, les prix qui augmentent.
La Russie subit des pénuries à hauteur de 20% de ses besoins, elles touchent 59 des 83 sujets de la Fédération.
Mais alors que les frappes ukrainiennes en Russie continuent de détériorer cette situation, les frappes russes en Ukraine ont causé la perte de plus de 50% des capacités de production de gaz
poussant l’Ukraine à négocier des importations d’urgence pour faire face à un hiver qui s’annonce, encore une fois, très difficile.
Chaos à Dobropillia
C’était le 11 août qu’apparaissait sur les cartes de la guerre en Ukraine une percée russe de plus de vingt kilomètres entre Pokrovsk et Dobropilliya
qui avait fait les gros titres et suscité énormément d’inquiétude sur un possible effondrement du front ukrainien dans ce secteur très localisé.
En plus d’un mois et demie, on a assisté à des dizaines de déclarations allant dans tous les sens, les uns parlant de la consolidation de la poche par les Russes, les autres parlant d’une reprise totale de contrôle du territoire par les Ukrainiens
En fait, un mois et demie après, on obtient une situation sans vainqueur ni vaincu, sans ligne de front, sans certitude, mais plutôt un chaos généralisé.
Interdire les touristes russes en Europe?
C’est une controverse politique et un sujet de société qui perturbe les Européens depuis 2022:
comment accepter que des centaines de milliers de touristes russes continuent de prendre du bon temps dans nos villes et sur nos plages alors que leur pays mène la pire guerre d’invasion sur le continent européen depuis 1945?
Faut-il faire quelque chose, et si oui, que faire?
Cette question revient régulièrement, en général à chaque saison touristique ou lors de la négociation d’un nouveau paquet de sanctions à l’échelle de l’Union européenne.
Et ça a été le cas pendant la négociation du 19e paquet de sanctions, qui a été discutée aujourd’hui vendredi 26 septembre et qui est en passe d’adoption.
Mais on a déjà la réponse: les touristes russes vont pouvoir continuer à voyager librement au sein de l’Union européenne.
Cela dit, il y a des nuances.
Une guerre sans fin?
On se moque beaucoup, et à raison, de Donald Trump, pour avoir promis de mettre fin à la guerre russe contre l’Ukraine en 24h, puis en 100 jours, puis en trois mois, et ainsi de suite,
mais aujourd’hui, force est de constater que l’Ukraine semble bien plus loin d’une éventuelle paix qu’à aucun moment des trois années et demie dernières.
Donald Trump ne le formule pas ainsi, mais même lui reconnaît qu’il a échoué,
et, éconduit par Vladimir Poutine comme une adolescente frustrée, il a clairement baissé les bras sur ce sujet.
Ce qui fait qu’aujourd’hui, tout converge vers des scénarios d’une guerre longue, d’une guerre d’attrition qui s’éternisera dans le temps.