Le lithium ukrainien pour Trump?

Vous vous rappelez sans doute du deal que Donald Trump a imposé à Volodymyr Zelensky l’an dernier sur l’exploitation des terres rares d’Ukraine

vous vous rappelez aussi que les Ukrainiens avaient assez habilement négocié pour éviter un accord qui conduirait à une spoliation totale des ressources du pays.

Mais malgré tout, les Etats-Unis sont clairement dans une position privilégiée selon les termes de cet accord.

Et ça se voit avec le résultat du premier appel d’offres pour une licence d’exploration et d’exploitation, qui a été remporté par un proche de Donald Trump.

Alors parlons-en

Bonjour à tous, c’est Sébastien, bienvenue dans cette nouvelle vidéo où l’on constate les effets de cette diplomatie transactionnelle menée par l’administration Trump, et comment l’Ukraine s’y inscrit

le tout est aussi à remettre en perspective avec les rumeurs de la signature prochaine d’un plan d’investissements américains pour la reconstruction de l’Ukraine dans une enveloppe de 800 milliards de dollars, ce qui serait colossal,

je vais y revenir.

Mais donc commençons par ce deal sur les minerais rares et les métaux critiques,

je fais la distinction parce que l’appel d’offres en question porte sur le lithium et ce n’est pas une terre rare stricto sensu, c’est un métal critique essentiel pour nos batteries de téléphones et voitures électriques et autres,

mais pas une terre rare selon la table de classification des éléments.

donc, rappel très bref, ce deal sur les minerais, c’est une marotte de Donald Trump depuis son retour à la Maison blanche, il a voulu s’en servir pour se faire rembourser de l’aide que les Etats-Unis auraient apporté à l’Ukraine,

lui il parle de 350 milliards de dollars mais on sait grâce au suivi rigoureux de l’Institut de Kiel que l’on en était en octobre 2025 à 115 milliards d’euros depuis 2022, donc 134 milliards de dollars.

L’affaire a été au coeur de la dispute dans le bureau ovale, qui nous paraît aujourd’hui avoir eu lieu il y a des années lumières

il y a eu des tractations intenses, comme j’ai dit les Ukrainiens ont réussi à s’extirper des premières versions d’un accord qui prévoyait une spoliation totale de leurs ressources nationales

l’accord a été signé au mois de mai, le conseil d’administration conjoint Etats-Unis-Ukraine a été établi à l’automne, et un premier appel d’offres a été émis à la fin de l’année

pour l’exploration et l’exploitation de la mine de Dobra, dans l’oblast de Kirovograd, une des principales mines de lithium du pays.

jeudi 8 janvier, on a eu les résultats par l’intermédiaire du New York Times

qui affirme que le gagnant est un consortium mené par des proches de Donald Trump

en l’occurrence, on y trouve le milliardaire américain Ronald Lauder, l’héritier de la société de cosmétiques Estée Lauder,

un sponsor historique du parti républicain et un proche de Donald Trump

selon le New York Times, il a fait partie des gens qui ont implanté l’idée dans Donald Trump d’annexer ou d’acheter le Groenland.

Le second membre du consortium, c’est la société énergétique TechMet, qui est enregistrée en Irlande, donc une société de droit européen, mais qui est détenue en partie par une agence d’investissement publique américaine, et donc par le gouvernement américain

la décision n’est pas encore publique et elle doit être validée par le gouvernement ukrainien en vertu de l’accord signé l’an dernier

mais tout porte à croire que c’est bien parti pour être validé.

L’appel d’offres s’est déroulé selon les normes d’après les personnes qui connaissent le dossier, en plus de cela, ce consortium a proposé d’investir bien plus que les 179 millions de dollars qui étaient le seuil minimum prévu par l’appel d’offres.

donc c’est une bonne nouvelle pour l’Ukraine parce qu’on le rappelle, l’accord prévoit que les revenus tirés de l’exploitation de terres rares et métaux critiques doit être réinvesti dans des projets en Ukraine pendant la première décennie de l’application de l’accord

en tout cas la majeure partie de ces revenus.

Je rappelle aussi comme dans mes précédentes vidéos que de toutes les manières, l’Ukraine a besoin de ces investissements étrangers parce qu’en 35 ans d’indépendance elle n’a pas réussi à vraiment valoriser ces ressources minières

qui sont censées être très importantes, on parle des plus grosses réserves de titane d’Europe et d’un tiers des réserves de lithium du continent, selon les estimations.

Mais malgré tout ça, on sent le conflit d’intérêt, il est gros comme le nez au milieu de la figure,

et on devine clairement que la préférence a été donnée à des investisseurs américains, et pas n’importe qui, un milliardaire proche de Donald Trump.

Il faudra voir comment les prochains appels d’offre se dérouleront, et comment les Ukrainiens respectent les règles de la concurrence du marché unique de l’Union européenne qu’ils entendent rejoindre en un temps record,

mais les résultat de cet appel d’offres s’inscrivent dans une stratégie ukrainienne d’amadouer l’administration Trump pour s’assurer de son implication continue dans le dossier de la résolution de la guerre

on voit les efforts que Volodymyr Zelensky déploie pour trouver et retrouver langue commune avec Donald Trump,

on voit les concessions auxquelles il a consenti dans les négociations en cours,

qui pour l’instant ne débouchent sur rien parce que la Russie n’a pas l’air de vouloir cesser sa guerre, mais ça c’est une autre question

on voit aussi que l’ancien directeur général de Westinghouse, un géant américain du nucléaire, a été nommé le mois dernier au conseil d’administration d’Energoatom, l’opérateur ukrainien du nucléaire

ce qui est une réponse au scandale de corruption qui concerne cette société mais qui aussi est très important si l’on considère que la centrale nucléaire de Zaporijia pourrait être au coeur d’un accord politique sur la résolution de la guerre

et enfin on voit aussi que les Ukrainiens et les Américains pourraient signer un plan d’investissements massifs au sommet de Davos, qui a lieu du 19 au 23 janvier en Suisse

c’est un plan de prospérité économique que les Ukrainiens ont mis en avant à partir de décembre, et qui porterait sur une enveloppe globale de 800 milliards de dollars

800 milliards de dollars, c’est 690 milliards d’euros, c’est colossal, et l’Ukraine en a grandement besoin.

Mais on n’est pas du tout sûr de ce que ça voudrait dire: est-ce que l’accord prévoirait un accès préférentiel aux sociétés américaines pour reconstruire et développer l’Ukraine?

et dans ce cas là, quid des autres acteurs notamment des Européens? Est-ce qu’ils vont se retrouver sur la touche alors que l’Union européenne est le premier soutien à l’effort de guerre ukrainien?

et encore une fois, comment est-ce que tout cela serait compatible avec les règles du marché unique de l’UE?

ça, on va le voir quand on aura plus de détails. Mais s’il faut amadouer Donald Trump au prix d’une capture de l’économie ukrainienne et de conflits d’intérêts en tout genre, ça va poser beaucoup de questions.

Après il y a aussi la possibilité que l’on signe un accord cadre mais que rien ne se matérialise pendant des années.

C’est d’ailleurs ce qui peut se passer avec le deal sur les minerais, je termine par là:

le consortium TechMet et Ronald Lauder qui a gagné le premier appel d’offres ne peut pas espérer des profits rapides.

Il faut d’abord en passer par une phase d’exploration, parce que de facto on ne sait pas ce qu’il y a dans le sous-sol hormis des estimations de l’époque soviétique.

Et après l’exploration, il y aura l’exploitation qui va prendre du temps, on parle d’une décennie pour rentabiliser tout ça.

Il peut se passer beaucoup de choses en 10 ans, que ce soit au niveau de la guerre ou de la politique, à Kiev, Washington ou Bruxelles. Donc on n’est qu’au début d’un très long et très incertain processus.

Mais un processus qui, pour l’instant, donne la part belle au délire narcissique et mercantile de Donald Trump, ça, c’est bien clair.

Merci d’avoir regardé!

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